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Bosz'n the hood

Le 01.07.2021 par AymericDebrun

Peter Bosz est le nouvel entraîneur de l’Olympique Lyonnais. Ce qu’on croyait n’être qu’un vieux serpent de mer s’est matérialisé, et ce, très rapidement.

Moins d’une semaine après la déconvenue niçoise, le Batave est officiellement présenté à la presse, et aux supporters de l’OL, et intronisé à la tête de l’équipe lyonnaise. Ce nouveau virage pris par le club lyonnais ne semble pas déplaire à Juninho, en témoigne son grand sourire, qu’on pourrait, si on est taquins, comparer avec le visage fermé affiché lors de la présentation de Rudi Garcia. Mais ne nous perdons pas.

Peter Bosz est finalement assez peu connu en France. Aussi, j’ai décidé de me rapprocher de certaines personnes ayant suivi de près son parcours d’entraîneur, que ce soit aux Pays-Bas ou en Allemagne, et plus particulièrement dans les clubs de l’Ajax Amsterdam, du Borussia Dortmund et du Bayer Leverkusen.

Ainsi, je tiens à remercier chaudement @Polprins, @MattFCGB, @BvBDortmund_fr, @FranceBvb, et @Maxentzio pour les entretiens qu’ils m’ont accordés et les passionnantes discussions que nous avons pu avoir ces dernières semaines. 

Des débuts prometteurs

L’entraîneur néerlandais est surtout connu en France pour avoir mené une jeune équipe de l’Ajax Amsterdam jusqu’en finale de l’Europa League, malheureusement perdue contre le géant Manchester United.

Le hasard (j’en doute) faisant bien les choses, les protégés de Bosz ont croisé le fer avec l’Olympique Lyonnais de Bruno Genesio juste avant, en demi-finale, avec l’issue que l’on connaît, malgré un match retour épique volontiers considéré par de nombreux supporters de l’OL comme le plus grand moment vécu dans le jeune Groupama Stadium en matière d’ambiance.

Auparavant, Peter Bosz a fait ses gammes dans d’autres clubs néerlandais plus modestes (De Graafschap, Heracles Almelo et le Vitesse Arnhem, club de ses débuts en tant que joueur) mais aussi au Maccabi Tel-Aviv durant les six premiers mois de 2016.

C’est lors d’une très belle saison 2014-2015 avec le séduisant Vitesse Arnhem, ponctuée par une belle 4ème place, que l’Ajax Amsterdam flashe sur Peter Bosz. Ainsi, en juillet 2016, après un court épisode israélien voyant l’entraîneur échouer de trois points dans sa quête du titre, l’équipe dirigeante amstellodamoise décide de confier les rênes du club ajacide suite au départ de Frank de Boer pour l’Inter Milan.

L’aventure de Peter à l’Ajax est aussi intense que brève. Bosz débarque avec une solide réputation, son Vitesse étant une équipe très plaisante et belle à voir jouer, mais en même temps avec un handicap important : il n’est pas du cru. En effet, il n’a pas joué pour les Lanciers et n’est pas passé par l’Académie, ce qui est aussi rare que pénalisant pour un entraîneur de l’Ajax. Son arrivée est scrutée, et certains sont méfiants, dès sa prise de poste : « C’est un entraîneur qui a beaucoup tâtonné à ses débuts à l’Ajax car il ne faisait pas partie de ce système Ajax, un système très consanguin », nous explique Hagista, suiveur assidu de l’Eredivisie et CM du compte twitter @foot_NL.

Peter Bosz s'incline face à José Mourinho en finale d'Europa League.

Ses débuts sont d’ailleurs complexes, voire peu reluisants, que ce soit en championnat, avec une seule victoire au bout de trois matchs, bien loin des standards habituels, en Ligue des Champions, de laquelle il est éliminé dès les barrages par le FK Rostov après une lourde défaite en Russie 4-1, ou même en coupe nationale, dont ils se font sortir au troisième tour par le modeste club du SC Cambuur.

Cependant, rapidement, les choses commencent à prendre forme et l’Ajax se hisse à la deuxième place dès la 7eme journée, rang qu’ils ne quitteront pas jusqu’à la dernière journée d’un championnat remporté par une inarrêtable équipe de Feyenoord d’un petit point d’écart.

La belle aventure vécue par la bande à Kasper Dolberg, Hakim Ziyech ou encore Bertrand Traoré en Europa League finit elle aussi par une déconvenue, avec le revers face aux hommes de Mourinho. Ainsi, l’Ajax ne remporte aucun trophée durant cette saison 2016-2017.

Cependant, comme l’explique Hagista, « les supporters de l’Ajax se souviendront de Peter Bosz et de sa saison notamment du fait du jeu pratiqué par ses hommes durant cette saison ».

En effet, d’après Polprins, grand supporter de l’Ajax et journaliste freelance spécialiste de l’Eredivisie, « la notion de résultat n’est pas la même aux Pays-Bas qu’en France. La notion de plaisir est centrale. Avec Bosz, en tant que supporters, le plaisir était présent. Tu allais au stade, tu sortais, tu étais content. C’était fantastique. De la folie, des occasions manquées mais tu te régales ! ».

Direction l’Allemagne

Ainsi, après seulement une saison, Peter Bosz fait ses valises du fait de mésententes avec certains membres de la direction et du staff, notamment Marc Overmars mais aussi Dennis Bergkamp, qui n’aurait pas vraiment « joué collectif » (ça vous rappelle quelqu’un ? Ou plusieurs personnes peut-être ?) et qui sera licencié quelques mois après, mais surtout suite à une drague intense du Borussia Dortmund pour récupérer les clés de l’équipe première des jaune et noir.

Peter Bosz est accueilli avec de grands espoirs du côté du Borussia mais aussi avec un lourd héritage à assumer, l’héritage conjoint de Jürgen Klopp et Thomas Tuchel. À l’inverse de sa saison à l’Ajax, les premiers matchs sont très prometteurs (malgré une défaite aux pénaltys en finale de Supercoupe d’Allemagne contre le Bayern), comme l’explique le CM de @BVBDortmund_Fr, groupe français de supporters du Borussia : « Le début de saison du Dortmund de Bosz est très bon. L'équipe joue bien, un jeu porté vers l'avant, une équipe qui presse fort et des joueurs qui semblent comprendre ce que demande l'entraîneur. »

L’équipe entraînée par Peter Bosz est leader de Bundesliga de la première journée jusqu’à la neuvième. Cependant, les choses se gâtent dès le début du mois d’octobre. En effet, aucun match n’est remporté durant les mois d’octobre et de novembre et les protégés de Bosz enchaînent ainsi 8 matchs sans victoire. Le point d’orgue de la crise est atteint lors du derby de la Ruhr face à Schalke 04 qui se solde sur un match nul 4-4 alors que les Schwarzgelben menaient 4-0 à domicile, symbole de l’impuissance des hommes de Bosz à sortir la tête de l’eau.

Peter Bosz est remercié le 10 décembre 2017, lendemain d'une énième défaite. Plusieurs facteurs semblent pouvoir expliquer cette descente aux enfers.

Tout d’abord, le contexte global dans lequel évolue le club à cette époque n’aide pas Peter Bosz. En effet, l’attaque subie contre le bus de l’équipe quelques mois plus tôt mais aussi la gestion hasardeuse de cet évènement semblent marquer profondément cette équipe mentalement ainsi que tout le club. De plus, le club est fortement marqué par le départ houleux de Thomas Tuchel du fait d’importantes mésententes avec une direction bancale. Le mercato déstabilise aussi le club avec le départ d’Ousmane Dembélé suite à un forcing de la part du joueur ayant duré plusieurs semaines, mais aussi le faux départ de Pierre-Emerick Aubameyang annoncé durant une partie de l’été comme partant pour la Chine. 

Aussi, l’exigence physique et tactique de Peter Bosz envers ses joueurs lui joue des tours. En effet, de nombreux joueurs se blessent durant la période de crise et d’autres lâchent progressivement leur entraîneur et son staff du fait d’incompréhensions et de désaccords quant à la charge de travail demandée par le Néerlandais et aux choix sur le terrain.

Le départ précipité de Bosz laissera un goût amer dans la bouche des supporters du Borussia tant son passage fut court et déroutant, comme nous le confesse le CM de @FranceBVB, important groupe francophone de supporters du Borussia : « Les supporters ne garderont pas une mauvaise image de cet entraîneur, ils furent très déçus que cela n’ait pas fonctionné sur le long terme car il aurait pu faire progresser de nombreux jeunes et avait démontré de belles promesses. Il ne laissera malheureusement pas vraiment de trace, dans un sens comme dans un autre. »

Bosz au Bayer : le remède espéré ?

Peter Bosz ne reste pas très longtemps sans club. Un an après son renvoi de Dortmund, le technicien batave est sollicité par un nouveau club allemand, à quelques kilomètres au sud de là : le Bayer Leverkusen (club qui avait déjà tenté de l’attirer durant l’été 2017).

Il est nommé le 23 décembre 2018 à la tête d’une équipe en peine, alors classé 9ème du championnat allemand, très loin des objectifs ciblés par les dirigeants du Bayer en début d’année, qui sortait d’une belle saison avec une 4ème place décrochée.

Le mariage fonctionne immédiatement entre Bosz et cet effectif riche de jeunes talents offensifs (Julian Brandt, Kai Havertz, Leon Bailey, Lucas Alario, Kevin Volland ou encore Paulinho). Son équipe remporte 11 de ses 17 derniers matchs, avec en point d’orgue une magnifique victoire contre l’ogre munichois, leur permettant de décrocher une quatrième place et ainsi une qualification pour l’édition 2019-2020 de la Ligue des champions.

Peter Bosz et Leverkusen, ça commençait comme l'idylle parfaite.

La première saison complète de Bosz à la tête du Bayer démarre comme son aventure à Lerverkusen a commencé : pied au plancher avec un football enthousiasmant et ultra-offensif. Cependant, une mauvaise passe durant l’automne condamne quelque peu la saison du Bayer en championnat qui restera englué à la 5ème place une bonne partie de l’année.

Côté coupes, le Bayer se fait rapidement sortir de la Ligue des champions, ayant hérité d’un groupe très relevé composé de la Juventus, de l’Atlético de Madrid et du Lokomotiv Moscou. Cependant, le Bayer est reversé en Europa League grâce notamment à une victoire de prestige à la maison contre les Espagnols. Les Allemands atteignent finalement les quarts de finale de la « petite » coupe d’Europe, battant au passage Porto et les Glasgow Rangers. Ils sont alors éliminés 2 buts à 1 par l’Inter Milan sur un match sec, du fait de la crise sanitaire.

Enfin, au niveau national, ils atteignent la finale de la coupe, finale que les hommes de Peter Bosz perdent 4 à 2 contre le Bayern Munich.

Durant le mercato estival 2020, le Bayer perd deux éléments offensifs clés avec le départ d’Havertz pour Chelsea et de Volland pour Monaco mais tente de compenser avec l’arrivée de Patrick Schick, le longiligne attaquant tchèque qui nous a récemment régalé d’un but de plus de 45 mètres durant l’Euro 2020 contre l’Ecosse.

La première partie de la saison est excellente en championnat, malgré un effectif plus limité que la saison précédente, ce qui permet au club du géant de la chimie et de la pharmaceutique de prendre la tête de la Bundesliga durant deux journées de la mi-décembre.

Le parcours européen en poules d’Europa League est tout simplement flamboyant avec 15 points glanés sur 18 possibles et 21 buts marqués en 6 matchs, avec notamment un mémorable 6 buts à 2 infligé à l’OGC Nice.

Les blessures commencent malheureusement à s’accumuler, notamment plusieurs joueurs clés (Charles Arranguiz, Julian Baumgartlinger ou encore Santiago Arias) et, au soir de la deuxième journée passée sur la première marche de Bundesliga, le Bayer enchaîne une série de 7 matchs catastrophiques dont 5 défaites, série qui démarre par une défaite 2 buts à 1 contre le Bayern avec un but marqué par Robert Lewandowski à la dernière minute...

Parallèlement, le club est éliminé par les Young Boys de Berne en seizième de finale d’Europa League, avec 6 buts encaissés en deux matchs, et en seizième de finale également en ce qui concerne la DFB-Pokal suite à une humiliante défaite face au club semi-professionnel de Ro-Weiss Essen.

Peter Bosz est finalement remercié le surlendemain d’une énième défaite en championnat 3 buts à zéro contre le Herta Berlin, alors classé 16ème de Bundesliga. Le Bayer finit finalement à une triste 6ème place.

L’aventure de Bosz au Bayer est trop facilement qualifiée d’échec par une grosse partie des médias français analysant l’arrivée de l’entraîneur néerlandais sur le banc lyonnais. Il parvient deux années consécutives à qualifier le club en Coupe d’Europe et affiche un très honorable 56% de victoires en 108 matchs dirigés grâce à un football total, ambitieux et légèrement déséquilibré, comme peut en attester certaines compositions alignées fortes parfois de 5 éléments offensifs.

La qualité du jeu produit et le plaisir ressenti par une grande majorité des supporters du Bayer permettent à Bosz de laisser une image très positive au sein du club comme expliqué par Maxentzio, grand suiveur de Leverkusen : « Ses débuts en fanfare lui ont donné un crédit important. Globalement les supporters garderont un bon souvenir de lui car il a ramené de vraies émotions après des périodes un peu compliquées et il a su faire progresser certains joueurs. »

Poussé dehors par l’équipe dirigeante (peut-être un peu précipitamment) qui pense alors que l’entraîneur est en fin de cycle et que son message ne passe plus, l’aventure de Peter Bosz laisse (encore) un goût d’inachevé aux supporters tant le début de saison était prometteur, malgré un effectif réduit et de nombreux aléas physiques. Voller et Rolfes espérent alors créer un électrochoc, en vain…

Un amoureux du jeu (offensif)…

Le plaisir : c’est peut-être le mot qui ressort le plus avec force quand Peter Bosz parle de foot. Ainsi, il dit durant sa conférence de presse d’intronisation à la tête de l’OL : « J'aime le jeu offensif, attractif car à mon avis, on joue pour les supporters, pas pour nous-mêmes. » Pas sûr qu’il tombe d’accord avec Der Zak (amis brestois, mouillez-vous la nuque, passer d’Olivier à Michel, ça va piquer).

Du plaisir à tous les étages, pour lui, tout d’abord, qui veut voir son équipe attaquer sans cesse, pour les supporters bien évidemment, mais aussi et surtout pour ses joueurs, comme nous le raconte Hagista : « Les supporters prenaient clairement du plaisir. Il y avait cette notion de football plaisir, qui est très importante à l’Ajax. L’Ajax jouait bien, c’était plaisant à voir jouer et intéressant à analyser tactiquement. Les joueurs n’étaient pas en reste et beaucoup se sont révélés sous ses ordres comme Dolberg, Ziyech ou encore Amin Younes. »

Cette obsession du plaisir, il le prend avec lui dans ses valises direction l’Allemagne, comme nous le narre le CM de FranceBVB : « Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un style de jeu comme ça. Un jeu très fortement porté vers l’offensif. Cela nous rappelait un peu les émotions ressenties sous Klopp. Les joueurs étaient épanouis et s’éclataient sur le terrain et Bosz démontrait à chaque match un vrai désir de montrer du beau jeu. »

Ainsi, même dans les équipes où il reste peu et où les résultats peinent à suivre, la volonté de transmettre des émotions positives via le ballon rond demeure une obsession et un leitmotiv pour Peter Bosz. Et c’est une des raisons principales qui poussera les dirigeants de Leverkusen à tenter le pari néerlandais malgré son échec relatif au Borussia. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les supporters ont tout de suite été séduits, comme nous l’explique Maxentzio : « Ce n’est pas qu’un discours de façade. Dès son arrivée, on a vu ses choix se dessiner : des mouvements, des combinaisons, des sorties de balles construites, du pressing et des courses dans tous les sens. C’était très agréable de revoir le Bayer comme ça, on sentait que ça plaisait aussi aux joueurs. »

… au risque de déséquilibrer son équipe ?

Cette quête absolue, sans concession, du beau jeu et cette volonté de se projeter rapidement et nombreux a pour résultat une très grande production au niveau offensif. Au cours de ses trois dernières aventures (Ajax Amsterdam, Borussia Dortmund et Bayer Leverkusen), ses équipes ont marqué 388 buts en 194 matchs, soit exactement 2 buts de moyenne par match.

Cependant, ces très beaux résultats offensifs peuvent parfois se faire au détriment de l’équilibre de son équipe qui souffre souvent défensivement, notamment en phases de transition, son bloc étant souvent placé très haut sur le terrain, avec certains défenseurs qui montent très haut, notamment à l’Ajax, laissant d’importants espaces dans le dos de sa défense. Ainsi, à Amsterdam, « dès que l’adversité augmentait, notamment en Europa League, la défense était en difficulté du fait d’un système assez déséquilibré », nous explique Hagista.

Cependant, l’animation défensive, bien que perfectible, est un élément particulièrement important et travaillé par Bosz et ses équipes. Dès la perte de balle, un pressing intense (et souvent très efficace) est mené durant les 5 à 10 premières secondes. Si ce pressing échoue, l’adversaire bénéficie régulièrement de fenêtres de tir pour lancer une offensive, avec d’importants espaces qui se créent dans l’équipe du technicien néerlandais entre les ailiers et les latéraux, entre les milieux relayeurs et la pointe basse du milieu et enfin, dans le dos des défenseurs.

Par la suite, rapidement, le bloc de Bosz se reforme avec deux lignes de 3 très proches de leur défense, très actives et agressives, laissant que très peu de places entre les lignes et dans les demi-espaces.

Si résumer Bosz à un entraîneur offensif totalement désintéressé par la tactique et proposant des systèmes déséquilibrés est réducteur et caricatural, le Batave devra corriger les lacunes défensives démontrées par ses précédentes équipes et se méfier de certaines équipes de ligue 1 très physiques et bénéficiant de joueurs offensifs rapides. Il pourra compter, pour couvrir les grands espaces dans leur dos, de défenseurs centraux plutôt rapides, comme Sinaly Diomandé et (espérons-le) Jason Denayer, ce qui laisse aussi présager une relégation assez rapide de Marcelo au poste de troisième voire quatrième défenseur central.

Peter Bosz aura par ailleurs besoin d’un temps important d’adaptation à la Ligue 1 et à son « style de jeu » très différent de celui proposé par une majorité d’équipes des Pays-Bas et d’Allemagne, très portées vers l’attaque et friandes de verticalité et de déséquilibres (plus ou moins volontaires et maîtrisés).

Et sinon, comme dirait l’autre, l’important dans le football, ce n’est pas de marquer un but de plus que l’adversaire ?

Un homme qui s’appuie sur les jeunes…

S’il y a bien un point commun entre chacun des quatre dernières formations de Peter Bosz (en comptant la fabuleuse institution qu’est l’Olympique Lyonnais), c’est sa propension à faire confiance aux jeunes, et souvent aux jeunes sortis de leur académie respective.

Une coïncidence ? Rien n’est moins sûr. Comme le démontrent toutes ses dernières expériences, Bosz adore s’appuyer sur de jeunes éléments dans son équipe et il n’hésite pas à leur confier rapidement d’importantes responsabilités, comme il a pu le faire il y a quelques années avec Kasper Dolberg, Matthijs de Ligt ou très récemment avec la pépite de Leverkusen Florian Wirtz, tout juste 18 ans mais placé au cœur de l’animation offensive par Bosz, et qui vient d’inscrire 6 buts et d'offrir 6 passes décisives pour sa première saison chez les professionnels.

On se rappelle aussi la physionomie de son équipe de l’Ajax lors des matchs aller et retour joués contre l’Olympique Lyonnais en Europa League, avec une moyenne d’âge proche des 22 ans, s’appuyant ainsi sur trois générations exceptionnelles au sein de l’Ajax (1997-1998-1999) pour atteindre la finale d’Europa League.

La remarquable gestion de Moussa Diaby par Peter Bosz.

Si Peter Bosz fait fi de l’âge dès qu’il s’agit de coucher 11 noms sur la feuille de match, l’entraîneur néerlandais ne semble pas pour autant s’impliquer outre mesure dans la formation, laissant souvent l’Académie des clubs qu’il a dirigé travailler en totale indépendance, comme c’est le cas à l’Ajax. « Il n’a pas l’image d’un entraîneur qui allait voir les équipes de jeunes pour piocher directement dedans. Cependant, une fois qu’un jeune rejoint l’équipe première, sur les conseils des formateurs, là, oui, il n’hésite pas à les lancer très rapidement » comme l’explique Hagista.

Aussi, avec les jeunes, Peter Bosz peut aussi savoir prendre son temps lorsque cela est nécessaire. Ce fut le cas avec Moussa Diaby, arrivé au club en 2019, et qui s’impose progressivement comme un élément indépassable de l’attaque de Leverkusen, après une première année d’adaptation où il alterne entre bancs et titularisations. Cette année, le titi parisien explose avec 10 buts et 13 passes décisives en 43 matchs. Diaby est aussi le deuxième joueur de champ avec le plus de minutes jouées durant la saison 2020-2021, coincé entre Edmond Tapsoba, 22 ans, et… Florian Wirtz.

… mais qui a ses têtes et sait trancher

Si Peter Bosz est réputé pour savoir lancer et faire progresser rapidement certaines jeunes, il est assez connu pour ne pas être un grand adepte de turnover, s’appuyant souvent sur un groupe restreint de joueurs et faisant peu évoluer son onze de départ.

Certains de ses choix sont parfois synonymes de frustration pour les supporters, notamment dernièrement au Bayer, certains joueurs enchaînant les titularisations malgré des performances en dents de scie (Aleksandar Dragovic, Kerem Dermirbay ou Wendell par exemple) et d’autres, au contraire, étant promis au banc sans trop que l’on sache pourquoi parfois (Alario, Exequiel Palacios ou encore Paulinho).

Le technicien batave a ses têtes et ses convictions, et n’hésite pas à laisser sur le carreau certains joueurs talentueux ou joueurs en devenir, comme il a pu le faire à l’Ajax Amsterdam notamment, au risque de froisser certains supporters et formateurs, comme nous le précise Hagista : « C’est un coach qui tranche beaucoup et n’hésite pas à mettre de joueurs de côté, notamment des joueurs du cru comme Riechedly Bazoer ou Jairo Riedewald, ce qui lui sera reproché à de maintes reprises et expliquera partiellement sa mauvaise entente avec certaines membres de l’équipe dirigeante. »

Peter Bosz aime s’entourer de joueurs qui croient en lui et en ses idées, qui sont impliqués à 100% physiquement et mentalement, ce qui peut expliquer certaines mises à l’écart (Bazoer, pour ne citer que lui) mais aussi la force mentale que dégagent certaines de ses équipes, notamment son Ajax lors de leur campagne en Europa League.

Il est proche de (certains de) ses joueurs, communique énormément avec eux (contrairement à certains de ses successeurs comme Erik ten Hag par exemple) et n’hésite pas à exprimer ses émotions, que ça soit en conférence de presse, ou sur le bord du terrain, où il peut parfois s’avérer un peu sanguin tant la passion semble l’envahir.

Un entraîneur exigeant et usant ?

Si Peter Bosz est un adepte d’un football très offensif (qui peut parfois paraître désorganisé), il n’en demeure pas moins friand de tactique et exige de ses joueurs un dévouement total d’un point de vue physique et une confiance aveugle.

Le technicien oranje réclame des joueurs intelligents, capables de comprendre ses consignes tactiques (ou, s’ils n’en sont pas capables, des joueurs qui obéissent sans se poser de questions) et de les appliquer, malgré la débauche physique nécessaire pour le faire.

Ainsi, Hagista nous explique que « d’un point de vue physique, le système de Bosz demande beaucoup d’efforts, une grosse dépense d’énergie, ce qui peut poser des problèmes à certains joueurs, comme ça a pu l’être pour Hakim Ziyech parfois ».

Cette exigence absolue peut être aussi technique, mais seulement pour certains profils qui ont les capacités techniques de suivre. On pense directement à des joueurs comme Maxence Caqueret, Rayan Cherki, Bruno Guimarães ou encore Lucas Paqueta. Concernant les autres, il s’adapte et leur demande des choses simples mais bien exécutées : jeu en une ou deux touches, création de triangles, etc.

L’exigence de Bosz peut paraître logique et rationnelle dans le cadre d’un club de la stature de l’Ajax, du Borussia, du Bayer ou même de l’OL. Cependant, l’implication totale demandée à ses joueurs, notamment physique, a pu jouer de vilains tours au nouvel entraîneur de l’OL. En effet, de façon quasi systématique ces dernières années, ses équipes ont flanché à mi-saison, voire plus tôt encore (en octobre notamment), malgré des départs canons. C’est le cas lors de sa seule saison au Borussia Dortmund mais aussi au Bayer, lors des saisons 2019-2020 et 2020-2021.

Mais comment expliquer ce phénomène ?

Un Bosz trop obstiné…  

Le 4-3-3 hyper exigeant de Peter Bosz éreinte les systèmes tant il est énergivore sur le plan physique, avec la multiplication des courses demandées, notamment à ses joueurs de couloir, mais aussi sur le plan tactique, la concentration nécessaire étant totale pour que son système fonctionne correctement. Les effectifs entraînés par l’entraîneur batave sont souvent cramés dès le début de l’automne.

Le souci principal ne se situe pas tellement dans cette exigence absolue mais plutôt dans son obstination, comme l’analyse Polprins : « Il a du mal à adapter son modèle, sa tactique suivant la fatigue physique de son équipe. A bien des égards, Bosz s’est montré trop dogmatique. »

Bosz s’entête, il ne cède pas, il persévère et ne souhaite pas appliquer de plan B, ce qui, à la longue, lui a coûté de nombreux points mais aussi, in fine, son poste d’entraîneur.

Au-delà de ne pas savoir adapter son système de jeu et son exigence suivant la fatigue physique et mentale de ses joueurs, Peter Bosz ne semble pas non plus souhaiter modifier son plan de jeu suivant le niveau de l’équipe affrontée. Il souhaite que son équipe ait la même débauche d’énergie de façon systématique et pratique à tout moment son meilleur football, il ne fait pas de compromis et, malheureusement, il est peu adepte de turnover. Ainsi, le onze de départ change peu, et ses remplacements sont quasi-systématiquement poste pour poste tant il souhaite conserver son dispositif de départ, souvent en 4-3-3.

Peter Bosz se révèle ainsi assez obtu et peu enclin à modifier son plan de jeu, comme nous le narre le CM de @FranceBVB : « Tu sens que c’est un mec têtu et qui n'en fait qu’à sa tête et à sa philosophie de jeu. Il fait peu tourner et il n’y a pas beaucoup de surprises dans ses compositions. Globalement, il a montré au Borussia qu’il ne savait pas trop se remettre en question. »

Ainsi, notamment lors de son passage au Bayer, son expérience la plus longue en tant qu’entraîneur, les adversaires ont su analyser les faiblesses de son équipe et en tirer profit (possession parfois stérile, défense friable et espaces laissés vacants). Ses équipes peuvent paraître parfois sans solution, sans idée, trop prévisibles et dénuées d’envie ou d’imagination.

En effet, cette obstination, mais aussi ses demandes au niveau de l’implication physique et tactique, peut également lui coûter l’adhésion de son groupe, comme ce fut le cas au Borussia et, dans une moindre mesure, au Bayer.

… mais pas totalement obtu

Cependant, Maxentzio nuance ce constat qui peut paraître alarmant : « Oui, il est têtu, mais je m’attendais à pire, et je trouve qu’il a su évoluer et faire des changements quand c’était nécessaire, même si, globalement, il reste fidèle à ses idées de départ. Je suis persuadé que sa stratégie est tenable sur la durée si l’effectif est plus large que celui du Bayer. »

Deux contre-exemples au Bayer Leverkusen peuvent nous aider à modérer notre jugement de départ. L'un concerne le traitement d’un joueur, Lucas Alario, l’autre sa faculté à abandonner son 4-3-3 habituel pour gagner une bataille tactique face à un adversaire redoutable.

La gestion de Lucas Alario, solide attaquant argentin ayant rejoint le Bayer Leverkusen le 31 août 2017, représente un cas intéressant à analyser concernant le management de Bosz.

Lorsque Peter Bosz récupère Leverkusen durant l’hiver 2018, celui-ci titularise peu Lucas Alario qui se contente souvent de miettes en fin de match, quand il a la chance d’entrer en jeu, ce qui n’est pas toujours le cas (il ne connaît d’ailleurs sa première titularisation en championnat qu’à la 31ème journée).

Malgré cela, il sait se montrer décisif à de nombreuses reprises. Son efficacité en sortie de banc et l’enchaînement de mauvais résultats fin mars-début avril amènent Bosz à faire évoluer son statut en fin de saison avec quatre titularisations de rang, ce que l’Argentin lui rend bien avec notamment un triplé lors du dernier match de Bundesliga mais aussi et surtout une 4ème place glanée en championnat.

L’excellente fin de saison de l’attaquant argentin ne suffit cependant pas à convaincre Peter Bosz, qui apprécie pourtant grandement son profil de 9 pivot mais qui préfère faire confiance à Havertz, Volland, Bailey, Diaby et Karim Bellarabi. Alario ne connaît sa première titularisation qu’à la cinquième journée, au lendemain d’une cinglante défaite 4 à 0 contre Dortmund. Encore une fois, l’Argentin lui rend bien avec un but lors de ce match. Puis, après quelques contre-performances de Leverkusen, il perd de nouveau sa place de titulaire et le Bayer enchaîne, sans lui, des bons résultats.

Lors de la dernière saison de Peter Bosz à Leverkusen, Alario enchaîne deux matchs sur le banc au profit de Patrik Schick. L’Argentin, annoncé partant durant la dernière intersaison mais qui reste finalement suite aux départs conjugués de Volland et Havertz, profite d’une courte blessure du Tchèque et de trois résultats nuls d’affilée pour récupérer une place de titulaire et marquer 7 buts en 4 matchs.

Peter Bosz et Lucas Alario, étude de cas.

L’exemple de Lucas Alario nous montre que Peter Bosz, bien qu’ayant des préférences quant au profil de certains joueurs et étant pointé comme peu adepte du turnover, sait, quand il le faut, relancer certains joueurs ou, au contraire, changer son onze de départ et plus particulièrement certaines têtes en cas de mauvais résultats.

Aussi, lors de ses saisons à Leverkusen, Peter Bosz montre à de nombreuses reprises qu’il sait abandonner son sempiternel 4-3-3 (qui se mue parfois en 4-2-3-1) pour déjouer les plans des coachs adverses et exploiter les faiblesses de leurs rivaux.

C’est notamment le cas lors d’un magnifique Borussia Mönchengladbach - Bayer Leverkusen qui se solde par un score de 3 buts à 1 pour les hommes de Peter Bosz. Ce jour-là, ce dernier décide d’aligner un 3-4-3 pour contrer le 4-2-3-1 proposé par Marco Rose.

Les ailiers du Borussia sont, en première mi-temps, soit trop bas par rapport à la ligne du pressing initié par Plea, qui se retrouve bien seul face aux trois axiaux et ce qui leur laisse le champ totalement libre pour organiser le jeu, soit ils montent à contretemps et de façon trop peu franche, ce qui laisse des trous béants dans leur dos pour permettre aux pistons de progresser. Les ailiers sont perdus et les sorties de balle en sont grandement facilitées.

La tactique imposée par Bosz amène même celui-ci à changer son dispositif à la mi-temps pour le calquer sur celui du néerlandais et ainsi faire un pressing individuel sur chaque axial de Leverkusen, les pistons du Borussia s’occupant de leur côté des pistons du Bayer, occasionnant de nombreuses pertes de balle du côté des hommes de Bosz en seconde mi-temps (interceptions lors des phases de pressing ou jeu long forcé).

La bataille tactique, malgré un beau sursaut de Rose, est remportée par Peter Bosz. Pour mieux la comprendre, je vous invite à visionner ce passionnant thread ci-après composé de différentes analyses vidéo :

Un entraîneur qui s’impliquera dans le recrutement

Son système étant aussi exigeant d’un point de vue physique, tactique mais aussi, dans une moindre mesure, technique, Bosz tentera certainement de s’impliquer dans le recrutement pour identifier et récupérer des joueurs capables d’intégrer ses idées et de les appliquer sur le terrain et ce, sur la durée.

Aussi, dans un premier temps, il fera un audit interne de l’effectif afin de se faire une idée des forces en présence, des joueurs qui ne feront pas l’affaire mais aussi des manques à certains postes. On peut notamment penser au poste de gardien de but, Lopes n’étant pas le gardien le plus fiable balle au pied, mais aussi et surtout au poste d’ailier, Bosz privilégiant quasi-systématiquement le 4-3-3 et l’OL n’ayant aucun ailier de métier (talentueux) et ce, depuis Michel Bastos.

Pour Hagista, « Bosz a dû recevoir certaines garanties pour établir un projet de jeu mais aussi d’un point de vue du recrutement. Il n’hésitera pas à proposer des profils, des joueurs et il soumettra sûrement des noms en Eredivisie car il y a un rapport qualité-prix très intéressant, des pistes peu onéreuses, dans les cordes de l’OL ».

Ce qui est certain, c’est qu’il apparaît plus cohérent lorsqu’un club choisit de filer les camions de son camion à un technicien comme Bosz, avec des idées très arrêtées et un projet de jeu énergivore, de l’impliquer dans le recrutement et d’adapter (relativement) son effectif pour lui donner tous les moyens pour que son projet de jeu prenne vie et soit un succès. 

Le bon choix pour l’OL ?

Si chacune des personnes interrogées sur Peter Bosz et sa carrière dans le cadre de cet article sont unanimes sur les défauts pointés, ils le sont aussi sur deux autres sujets : sa faculté à créer du beau jeu, à enthousiasmer, mais aussi et surtout sur le fait que Peter Bosz à l’OL est une bonne idée, pour l’entraîneur batave et pour le club lyonnais.

Ce choix paraît en tout cas très cohérent pour l’un et l’autre : Bosz choisit un club dans la droite ligne de ses précédentes expériences, qui s’appuie sur une solide académie qui regorge de talents et dont les supporters attendent un football chatoyant et conquérant. ; l’OL, lui, choisit un coach qui aime faire progresser des jeunes, qui parle français (eh oui, ça semble indépassable) et dont les idées semblent être en adéquation avec les expérimentations tactiques de l’Académie.

Cependant, des réserves demeurent quant à une réussite sur le moyen, long terme, surtout si les joueurs de l’OL continuent à être surprotégés, comme le redoute le CM de @BvBDortmund_fr.

Un autre écueil concerne aussi le temps (et la latitude) qui sera laissé à Peter Bosz pour imposer son projet. Comme le démontre cet article, l’entraîneur néerlandais est davantage un bâtisseur, voire plutôt un consolidateur de projet, mais pas l’entraîneur que tu viens chercher pour avoir de façon immédiate des résultats voire même des titres.

Un autre ingrédient indispensable de la réussite de cette nouvelle étape du développement de l’OL sera la relation qui se développera entre Peter Bosz et Juninho. Le directeur sportif brésilien étant à l’initiative du choix Bosz et ces derniers parlant « le même football », l’idylle peut être belle entre ces deux-là.

Et avec Jean-Michel Aulas ? Comment Peter Bosz cohabitera avec la forte personnalité et l’omniprésence du Président de l’Olympique Lyonnais ? Ce que l’on peut souhaiter, c’est que le patron prenne un peu de recul quant au sportif et qu’il fasse confiance à ce nouveau duo qui est prêt à faire des étincelles et à mettre le feu à la ligue des talents.

S’il est très difficile, voire impossible, de prédire si Peter Bosz va réussir à l’Olympique Lyonnais, ce qui est certain c’est que le challenge est excitant et ce, pour toutes les parties : entraîneur, équipe, staff et, bien sûr, supporters. Cet amoureux du beau jeu, d’un football offensif et conquérant saura plaire aux passionnés de football qui nous lisent (et qui ont dû se taper bon nombre de coachs aux principes indigents et frileux).

Des doutes raisonnables et compréhensibles existent quant à sa capacité à faire évoluer ses plans de jeu en cours de saison ou de match (et à celle de l’effectif de l’OL à comprendre et appliquer ses principes de jeu). Cependant, je suis pour ma part convaincu que ses différentes expériences en tant que coach et sa faculté d’analyse lui ont permis de bien cerner les faiblesses de ses dernières équipes, et de certains de ses choix.

Cette introspection, voire cette autocritique, peut faire de lui un meilleur coach, plus à même de performer dans un club non plus seulement sur une saison, voire une demi-saison, mais bien sur le moyen voire le long terme grâce notamment à une plus grande adaptabilité et une meilleure gestion du recrutement et de son effectif. Mais ça, seul l’avenir nous le dira.

 

Crédit photo : Olivier Chassignole, AFP

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par AymericDebrun, membre du Café du Commerce OL.