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Des Gones à Paris - d'une capitale à l'autre

Le 29.02.2024 par MartinT

J’ai eu l’occasion (La chance ? Le plaisir ? Les trois à la fois ?) de voir, en quelques semaines à peine, naître, grandir, puis exploser le mouvement dont vous avez peut-être, ou plutôt probablement entendu parler ces dernières semaines et dont l'un des symptômes sont les regroupements de supporters lyonnais exilés à Paris dans un bar de la capitale. Étant donné l’ampleur que ces rassemblements ont rapidement pris, il paraît légitime de conter leur genèse, leur organisation, leur déroulement et d’essayer de transmettre ainsi ne serait-ce qu’une infinitésimale part du ressenti qu’ils procurent.

En préambule, précisons qu'il serait injuste de parler du mouvement actuel sans rendre hommage à son grand frère et précurseur. En effet, ce n’est pas la première fois que les supporters lyonnais résidant en région parisienne se rassemblent dans un lieu de la ville de Layvin Kurzawa et d'Apoula Edel pour déprimer (souvent) ou célébrer (plus rarement) ensemble à l’occasion d’un match de leur équipe aimée. Gones Away, puisque c’est le magnifique sobriquet du grand frère en question, s’est acoquiné depuis 2017 avec un pub du treizième arrondissement qui a accepté de recevoir les fans lyonnais les soirs de match. L’initiative, portée par des Twittos lyonnais réputés (que certains reconnaîtront sur l’image ci-dessous), a répondu à un réel besoin et eu un grand succès, malgré la période de vaches plus que maigres pour la section de football masculine de l’Olympique Lyonnais. Gones Away est d’ailleurs toujours d’actualité, ni la pandémie, ni les résultats misérables de l’OL, ni le rachat, ni l’ambiance dans et autour du club n’ayant réussi à avoir raison du concept.

 

Si quelqu’un doutait que Paris abrite des milliers de supporters lyonnais ne demandant qu’à pouvoir se réunir et se briser la voix, la coexistence de Gones Away avec la nouvelle initiative vient allègrement et bruyamment lui prouver le contraire.

"Capit'OL" ou la croissance exponentielle

Le nom de la nouvelle créature n’étant pas encore officiellement arrêté, nous l’appellerons pour les besoins de cet article « Capit’OL » (nom proposé par l’un des participants et officieusement adoubé par l’assemblée). Capit’OL, donc, puise sa source dans un tweet du 10 janvier dernier :

Il y avait à n’en pas douter quelques motivés, puisque le serveur Discord dédié créé dans la foulée compte aujourd’hui, moins de deux mois après son lancement, plus de 1200 abonnés.

Quelques semaines plus tard, le temps de cadrer ce qui avait d’ores et déjà suscité un bel engouement, nous nous retrouvions donc dans un bar sportif de la rive droite de la capitale pour assister ensemble à la rencontre OL – OM. A vue de nez, 150 personnes peuplèrent l’endroit pour inaugurer de manière festive la série qu’allait démarrer notre Olympique ce soir-là, sans savoir qu’elle durerait au moins tout le mois de février et qu’elle prendrait, pour le Club et pour le mouvement, des proportions qui allaient par moments friser l’absurde. L’explosion de joie sur le but du général Lacazette en annonçait bien d’autres à venir : le retournement de situation au forceps à Montpellier, la victoire au cordeau face à Nice et un nouveau come-back contre Metz à Saint-Symphorien.

Vint enfin le quart de finale de Coupe de France contre le RC Strasbourg. Nous attendions depuis longtemps cet événement, le goût aigre de la désillusion infligée par Nantes l’an dernier au stade du dernier carré de la compétition ayant urgemment besoin d’être lavé. En outre, le mois de février parfait de notre Olympique nous avait, il faut bien l’avouer, ouvert l’appétit. Par-dessus le marché, les médias ainsi que le Club s’étant fait le relais de nos aventures, nous savions que notre rassemblement et l’ambiance seraient scrutés et allaient bénéficier d’une visibilité extrêmement intéressante.

Et ça, les nouvelles têtes pensantes de l’Olympique Lyonnais l’ont, semble-t-il, très bien compris. Très tôt, nous avons vu, lu ou entendu ci ou là des clins d’œil à nos « exploits ». Un hommage de Pierre Sage en conférence de presse par-ci, un retweet d’une vidéo par John Textor lui-même par-là…Les réseaux sociaux, lieu de naissance du mouvement, associés aux centaines de Gones parisiens (mais pas uniquement, loin de là !) impliqués, ont permis de répandre à vitesse grand V les images chaleureuses, festives et pleines d’entrain de nos rassemblements. Rapidement, un supporter ayant repris après OL-Nice le rituel de fin de match créé par Saël Kumbedi a été convié à en parler sur OL Play. Le média lyonnais a ensuite été dépêché par le Club pour couvrir le rassemblement à l’occasion du match contre Strasbourg, accompagnant ainsi ses confrères du Parisien, également présents. Enfin, suite à la qualification, l’After de RMC a vu un supporter aborder le sujet en direct, montrant ainsi que les animateurs avaient, eux aussi, eu vent des péripéties lyonnaises à Paris.

Le temps, c'est de l'amour

Dans toute l’histoire de ce mouvement, le timing a été l'une des clés du succès. Tenter de former ce genre de mouvement à la sortie de la période absolument désastreuse pour le Club qu’a été la première partie de la saison 2023/2024 était un pari ambitieux. Mais la ferveur des Gones, boostée par le recrutement hivernal de qualité ainsi que par les prémices d’une envie de gagner retrouvée du côté de l’effectif de l’OL, a permis de transformer l’essai de manière spectaculaire. La symbiose avec ce qui se passe exactement au même instant à Décines est irréelle car totalement inattendue, mais il est désormais indéniable que les deux se nourrissent mutuellement. Le quart de finale de Coupe de France d’un OL dixième de Ligue 1 contre Strasbourg dans un stade bondé et bouillant ainsi qu’une affluence là aussi à guichets fermés dans ce fameux bar parisien prouvent irréfutablement que l’Olympique Lyonnais s’est réconcilié avec ses supporters après une (trop) longue période de brouille. L’aventure ainsi démarrée nous a permis de vivre des moments qu’on croyait remisés au placard jusqu’à une échéance indéterminée et lointaine, et nous savons tous à quel point nous en avions besoin.

Accessoirement, cet amour mutuel retrouvé démontre que les supporters lyonnais n’étaient pas complètement dans le faux lorsqu’ils reprochaient à leur OL de s’être perdu : le problème n’était pas, comme on a pu l’entendre ou le lire à gauche ou à droite, que les travées du Groupama Stadium étaient peuplées d’enfants gâtés capricieux ne sachant pas apprécier ce qu’on leur proposait. Le problème était la dilution du lien entre le Club, les joueurs et leurs supporters. Ce lien qui permet à ceux qui crient, qui chantent, qui achètent des maillots ou des écharpes de s’identifier à ceux qui sont sur la pelouse. Ce lien qui n’est pas une question de résultats mais d’état d’esprit, de valeurs, d’envie, d’unité, et qui est parfaitement incarné par Pierre Sage. C’est donc à notre tour de lui rendre ici, d'ores et déjà, un humble hommage car il est loin d’être un second rôle dans la saga grandiose qui est déjà en gestation entre Lyon et Paris. Merci Pierre.

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par MartinT, membre du Café du Commerce OL.