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Homophobes ? Retour sur la polémique, vue de Lyon

Le 04.10.2019 par OL_ympique

À Lyon, un fameux chant plus que d'actualité à l'approche du Derby veut que les Stéphanois soient « des PD, des fils de putes, des enculés ». Autant de qualificatifs qui sont au centre de la polémique du début de saison sur la prétendue homophobie dans les travées du football français. De l'homophobie, vraiment ?

La volonté de certaines personnalités a fait mouche au coup d'envoi de cette saison 2019-20. La LFP a en effet décidé de faire preuve de rigueur contre les cas de discriminations sur les terrains de football français. Une fermeté qui est rapidement allée jusqu'à une interruption de match pour des chants perçus comme homophobes, en Ligue 2, le 16 août dernier. Et si « perçus » est bien le bon terme, c'est que cette décision inédite en France n'a pas été comprise, et encore moins appréciée par les groupes de supporters de l'hexagone...

Les banderoles déployées par les supporters de l'OGC Nice, quelques jours avant la rencontre OL - Bordeaux le 31 août dernier, avaient relancé la polémique. Les deux principaux groupes des travées lyonnaises n'ont alors pas renoncé à eux-aussi s'exprimer. Aucune interruption du match à signaler néanmoins, car les propos sont restés mesurés et réfléchis. Plutôt que la provocation, on a choisi à Lyon de poser des questions.

De bonnes questions...

À l'OL comme ailleurs, la rivalité va parfois jusqu'à l'insulte, que ce soit dans les tribunes ou sur le rectangle vert. Les chants peu poétiques sont récurrents, à base d'« enculés » ou de « PD » notamment. Visant arbitres, joueurs, équipes, staffs et institutions, ils se sont retrouvés sous le feu des projecteurs, un peu du jour au lendemain. De quoi susciter des interrogations, qui ont été exprimées explicitement sur les banderoles des Ultras rhodaniens.

Face à cette fermeté soudaine, les tribunes lyonnaises se sont d'abord élevées contre ce qu'elles estiment être de l'hypocrisie. Il est difficile pour des homophobes désignés comme tels malgré-eux de comprendre la position de dirigeants politiques qui avaient visité des sites de la Coupe du Monde 2022 au Qatar en mars dernier (ndlr : en l'occurrence la ministre des sports). La lutte contre des propos peut en effet sembler exagérée si on la compare à la lutte pour l'acceptation légale de l'homosexualité dans d'autres pays.

Néanmoins, pour Jeremy Faledam, coprésident de SOS Homophobie, « ce n’est pas parce qu’il y a pire ailleurs qu’on ne peut remettre en question ses propres comportements ».

Banderole

Ensuite, les Lyonnais des deux virages ont repris un thème qui est ressorti très clairement pendant cette polémique : la liberté d'expression ou plutôt de langage. Le droit au second degré, en bref. Certes, le langage du supporter envers l'adversaire n'est pas empli de poésie et de respect ; surtout quand il s'agit de l'ASSE dans le cas rhodanien. Mais toute arrière pensée discriminatoire est bien souvent écartée. D'ailleurs, l'argot du fan de football n'est pas un problème spécifique : les injures et brimades du quotidien sont les même que dans les stades.

Pourtant, pour Marlène Schiappa et les plus fervents défenseurs de la cause LGBT, l'homophobie est bien trop ancrée dans les tribunes, et destructrice quelle qu'en soit sa forme. La secrétaire d'Etat avait d'ailleurs rappelé son point de vue ferme face à Jean-Jacques Bourdin. De même, Jérémy Faledam estime au nom de SOS Homophobie « que les sanctions appliquées dans les stades lorsqu’il y a des chants ou banderoles homophobes est un premier signal fort nécessaire ». Pour eux, il n'y a pas de place pour du second degré à ce sujet.

« Les propos qui ne sont pas tolérés ailleurs ne peuvent l’être dans les stades » affirme le coprésident de SOS Homophobie alors que le communiqué des Bad Gones évoquait la « liberté de ton [et le] droit au chambrage », mais aussi, et surtout, la « culture populaire ».

Banderole

Liberté d'expression, vulgarité, homophobie, il y a de quoi s'y perdre. Les stades reflètent les réalités et problèmes de la société, mais est-ce l'endroit pour les régler ? Telle est la question - plus implicite - qui pouvait au final être comprise.

Un contexte tendu

Le ras-le-bol des supporters de France et de Navarre date d'avant cette polémique et il faut le souligner pour mieux saisir sa complexité. A Lyon par exemple, il y a bien longtemps qu'on a plus vu un Derby sans supporters des deux camps. La polémique sur l'homophobie n'était ainsi même pas un problème en soi pour nombre de supporters, qui y ont vu avant tout une énième position excessive de la Ligue de Foot Professionnel. Le coprésident de SOS Homophobie en est conscient :

« Nous (SOS Homophobie, ndlr) ne nous prononçons pas sur la politique de fermeté générale dans les stades mais bien sur la politique de lutte contre l’homophobie qui est initiée ici. Il nous semble d’ailleurs extrêmement préoccupant que ce combat contre l’homophobie qui est un enjeu pour toutes et tous soit devenu pour certains supporters un sujet de provocation et de crispation supplémentaire ».

L'amertume des Ultras vis-à-vis de la ligue s'est d'ailleurs aussi fait ressentir par la provocation. Les banderoles « flirt[ant] avec la limite » entre chambrage et homophobie sont rares voire inexistantes dans nombre de stades à l'image de celui de Lyon, mais elles ont fleuri à l'occasion de la polémique. L'interprétation de ces mots n'avait rien d'anodin, et le risque de sur-interprétation était grand.

Banderole

Banderole

Des communiqués clairs

Pour parfaire l'aspect revendicatif et réfléchi des banderoles, les Bad Gones comme Lyon 1950 avaient tenu à publier des communiqués. Afin que le message passe clairement, sans décontextualisation ou mécompréhension possibles : 

Le communiqué des Bad Gones

Communiqué Lyon 1950

Une méthode qui n'a logiquement pas fonctionné

Est-ce que cette passe d'armes a permis de faire avancer la lutte contre l'homophobie ? La réponse est évidemment non. En effet, les supporters pointés du doigt ont été choqués de la forme et n'avaient dès lors plus la bonne volonté pour parler de fond.

Pour Guillaume Mélanie, co-président d'Urgence Homophobie, il n'est pas acceptable de banaliser des mots qui peuvent toucher les homosexuels. La signification homophobe passe avant les considérations personnelles de ceux qui les utilisent. Mais sa position très nette ne signifie pas qu'il a apprécié la manière de faire de la LFP, au contraire. La cause qu'il défend n'a pas été comprise à cause de ce choc d'après lui :

« Si les supporters nous disent que pour eux ce n’est pas adressé de façon homophobe on les croit. [...] Qu’ils nous entendent et ne croient pas que tout ça nous amuse. On aurait aimé que les choses se passent sans polémiques et sans affrontements ».

J. Faledam de SOS Homophobie est sur la même longueur d'onde :

« L’enjeu pour [...] est de créer un dialogue [...] pour faire comprendre en quoi ce type de propos, [...] banalisés dans le langage courant, se basent sur un ressort profondément homophobe ».

Autrement dit, d'un côté comme de l'autre, la méthode appliquée par la LFP a dérangé. Le dialogue demandé était loin d'être de mise, la méthode a très largement dépassé la cause sensée être défendue. Du côté lyonnais, Jean-Michel Aulas s'était positionné pour un retour à la normale et à moins de fermeté. Comme le président de la FFF (qui a été critiqué fermement par la suite), il a souhaité calmer le jeu avec les supporters.

Et maintenant ?

La polémique est passée. Les stades de Ligue 1 et de Ligue 2 vibrent à nouveau pour du football. À l'OL, on attend le décollage de cette nouvelle équipe made by Sylvinho. En tous cas, on a presque oublié cet épisode extra-sportif, et aucune avancée notable n'est à constater.

Dans les faits, les solutions sont d'autant plus difficiles à trouver que la polémique a touché aux insultes, au chambrage, à la provocation... Plus ou moins relativisés dans le cadre de l'adversité, ces comportements déplaisent à certains. Willy Pasche, supporter de l'OL féminin et responsable des relations extérieures du groupe OL Ang'Elles, nous a ainsi confié que l'ambiance en tribunes lors des matchs de l'équipe masculine peut le déranger : 

« [Chez nous,] on chante et on encourage notre équipe sans dénigrer l’équipe adverse. [...] En foot féminin, on vient avec nos enfants et petits-enfants et on n’apprécie pas du tout la vulgarité. [...] La liberté d’expression s’arrête lorsqu’on attaque les autres. Verbalement ou physiquement ». Il ajoute que, pourtant, « leurs tifos (des supporters de l'OL masculin ndlr) sont top et ils peuvent être excellents dans l’ambiance [...]. Qu'ils restent dans ce qu'ils savent faire de mieux et de positif. Là c'est plutôt politique ».

Finalement, la conclusion est claire : sans dialogue, rien ne bougera. Rendre inacceptable ce qui paraît normal est une tâche complexe, voire impossible si la méthode consiste à braquer les supporters. D'autant plus quand on s'attaque à des éléments de langage, de culture populaire.

Aujourd'hui, le football a repris ses droits et la lutte contre l'homophobie semble avoir repris sa place, dans une société pour laquelle le football n'est qu'un infime détail. À l'approche du derby, nous restons néanmoins curieux d'analyser l'accueil que réserveront les supporters stéphanois aux joueurs lyonnais, tandis que les ultras lyonnais n'avaient pas manqué de chambrer leurs voisins sur leur proximité avec les supporters bordelais, il y a seulement quelques semaines.

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par OL_ympique, membre du Café du Commerce OL.