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Les trois choses que Jean-Michel Aulas ne veut pas que vous sachiez à propos de l'EBITDA

Le 10.10.2018 par NSOL31

« EBITDA ». Un terme technique qui semble familier pour les fans de l'Olympique Lyonnais. Aujourd'hui, on vous révèle trois choses que Jean-Michel Aulas ne veut pas que vous sachiez à propos de l'EBITDA.

C'est un concept anglo-saxon

L'EBITDA est un concept très anglo saxon. Par son nom, tout d'abord. EBITDA est en effet l'anagramme de « earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization ». Pour les moins anglophones d'entre nous, cela signifie « bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement ». Outre-Atlantique, on trouve également parfois cet indicateur mentionné sous le nom un peu moins sexy d'OIBDA (pour « operating income before depreciation and amortization »). 

Cet indicateur économique est très utilisé aux Etats-Unis. En effet, il permet de visualiser la rentabilité d'une activité - ici un club de football - au-delà des contraintes fiscales et de financement. Cependant, il perd beaucoup de son intérêt dès lors que les fiscalités sont claires et précises comme elles sont en France et même globalement dans l'Union Européenne et dans le Marché Commun. En effet, au pays de Donald Trump, des différences de fiscalité et de législations très importantes existent selon les Etats. Ainsi, utiliser l'EBITDA permet de mieux se rendre compte du coût réel d'une activité comparée d'un Etat à un autre.

En France, on préfère parler d'EBE (« excédent brut d'exploitation »), et Jean-Michel Aulas l'a fait par le passé avant de tenter une internationalisation de son vocabulaire - sans doute grâce à Gérard Houiller, dont une des grandes qualités est de savoir parler anglais. La principale différence entre l'EBE et l'EBITDA se situe dans les taxes, qu'il faut réintégrer pour passer de l'indicateur français à l'indicateur américain.

C'est peu plaisant à calculer

Comme toute donnée comptable, l'EBITDA est peu plaisant à calculer. Mais afin de rendre cela un peu plus « fun », nous allons imaginer le concept d'une entreprise sportive cotée en bourse. Nous nommerons par la suite cette entreprise Organisation Libre (OL).

Soit le chiffre d'affaire (CA) de l'OL de 500, incluant 200 d'achats, 100 de dépenses salariales et 50 de charges annexes. Supposons que cet OL ait également effectué un emprunt pour obtenir un outil de travail dans l'est de sa ville natale. Evaluons cet emprunt à 10. Enfin, comme l'OL est situé fiscalement dans un pays qui « coûte » cher, posons les impôts et les diverses charges externes à 40. Cela nous laisse un résultat net de 100.

L'EBITDA de cet OL sera égal au résultat net additionné aux intérêts et aux charges diverses. On a donc un EBITDA égal à 150. Mais on peut également le calculer par une méthode soustractive, en partant du CA, moins les achats, les charges externes et les salaires. De même, on obtient un résultat de 150. L'EBITDA de l'OL est donc positif.

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il ne suffit pas de vendre des actifs et d'en acheter d'autres à bas coût pour avoir un EBITDA positif. En effet, il est important de prendre en compte l'importance des charges (salaires, impôts, emprunts) sur le résultat net de l'entreprise.

L'EBITDA est un indicateur d'acheteur

Les principaux utilisateurs de l'EBITDA sont les personnes désirant acheter un bien. En effet, le prix de cession d'un bien est de plus en plus souvent exprimé en fonction de l'EBITDA. Par exemple, si une entreprise avec un EBITDA de 150 est vendue pour 300, alors le prix de la vente sera communément exprimé en « deux EBITDA ». En pratique, les entreprises cotées en bourse sont vendues pour entre huit et dix fois le montant de leur EBITDA, tandis que les plus petites entreprises - type PME et startup - sont vendues pour quatre à six fois la valeur de leur EBITDA. L'indicateur n'est que très rarement utilisé lorsqu'il s'agit de TPE ou de formes particulières d'entreprises selon des normes étrangères.

Mais ce à quoi les acquéreurs font très attentions, c'est la pondération. En effet, l'EBITDA possède la particularité d'être très régulièrement lissé sur plusieurs exercices, pondérés avec un coefficient en fonction de leur représentativité. Cela force donc le gestionnaire à bien justifier ses coefficients, ce qui peut présenter un risque réel quand on est peu attentif. Autre tare de l'EBITDA, il ne prend pas en compte les actifs de l'entreprise. Cela force toute personne un peu consciencieuse à croiser l'EBITDA avec par exemple l'ANC (Actifs Nets Corrigés).

En bref, la prochaine fois que vous entendrez votre expert-comptable, Jean-Michel Aulas ou un quidam parler d'EBITDA, vous saurez lui rétorquer ces quelques défauts de l'EBITDA.

 

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par NSOL31, membre du Café du Commerce OL.