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L'OL vu d'ailleurs #2 : Strasbourg

Le 08.05.2020 par OL_ympique

L'OL a des amoureux, des suiveurs, mais aussi des ennemis partout en France. Du nord au sud, de l'ouest à l'est, et même par-delà les mers, les points de vue divergent, et le nom même de l'Olympique Lyonnais sonne différemment. C'est parti pour la deuxième étape de ce tour d'horizon : après un départ dans le nord de la France, à Lille, nous voilà à l'est, à Strasbourg !

Strasbourg et sa cathédrale, ses accents, sa tarte flambée, mais aussi son stade de la Meinau... Oui, Strasbourg est une ville de foot, avec le Racing comme fier représentant. Voilà le décor planté. Et que pense-t-on de Lyon, là-bas, tout à l'est de la France ?

A Strasbourg, on vit avant tout pour le Racing

A Strasbourg, avant de penser à la grandeur d'un club comme l'OL, on vous parlera des péripéties récentes du Racing Club de Strasbourg. Relégué en Ligue 2 en 2008, le club alsacien quitte douloureusement la Ligue 2 à l'issue de la saison 2009-10 pour se retrouver en National. Les supporters n'en sont pourtant pas encore au bout de leur peine, et en 2011, la liquidation judiciaire est prononcée. Vainqueurs de la Coupe de la Ligue en 2005, les Strasbourgeois se retrouvent même plus bas que terre, en CFA 2. Il aura fallu toucher le fond pour remonter à la surface, mais aussi un sauveur, en la personne de Marc Keller. Avec ce nouveau président à sa tête, le club retrouve un second souffle après 2012. Il compte aussi sur de valeureux supporters, se pressant par milliers à la Meinau pour des matchs de National, contre le rival colmarien notamment. Finalement, les beaux jours reviennent, et le Racing remporte le championnat National en 2015-16, puis la Ligue 2 dès la saison suivante.

L'histoire avait déjà tout pour être belle, mais elle l'est devenue plus encore. Dès l'année de son retour en Ligue 1, en 2017, le Racing réalise l'exploit de battre un Paris Saint-Germain invaincu (2-1), et ce malgré un retour dans l'élite assez douloureux, face à l'OL (4-0). Depuis, le club s'est installé dans le paysage de la première division française, et avec une victoire en finale de la Coupe de la Ligue en mars 2019, a retrouvé le chemin de l'Europe et de la gloire. De quoi réjouir des supporters parmi les plus fervents de l'hexagone, venant de toute l'Alsace pour arborer les couleurs bleues et blanches en scandant dans une Meinau pleine à craquer : « Un seul amour, et pour toujours, Racing Club de Strasbourg ! ».

Supporters strasbourgeois

Aussi, il n'est pas étonnant de voir les petits Strasbourgeois rêver des coups-francs de Dimitri Lienard, au club depuis 2013, plutôt qu'à ceux de Juninho ou de Nabil Fekir à 380 km de la capitale alsacienne. Le respect pour l'OL est réel, mais le Racing semble au-dessus du tout, chez des supporters nombreux et passionnés dans toute l'Alsace. De même, si le respect est de mise pour Jean-Michel Aulas en tant que grand président du football français et ami du président strasbourgeois Marc Keller, les supporters du Racing ne changeraient ce dernier pour rien au monde. Plus qu'un club de football, Strasbourg vit son football en famille, dans la fête.

Une âme qui n'empêche toutefois pas de reconnaître et de respecter l'OL, au contraire : « C'est un club attendu comme un grand club lorsqu'il vient en Alsace parce que son palmarès et son budget sont monstrueux par rapport au Racing, mais il n'y a pas de rivalité particulière, ni de haine pour l'OL » confirme ainsi Florian Zobenbiehler, journaliste alsacien. Pourtant, il y a de quoi parler de relations un peu spéciales entre capitale des Gaules et capitale de l'Europe, en revenant quelques années dans le passé.

L'OL, un ogre aux pieds d'argile ?

Très vite, quand on lui parle de l'OL vu de Strasbourg, Florian Zobenbiehler se souvient : « Ce qui vient plus directement à l'esprit des Strasbourgeois quand on parle de Lyon, c'est le match retour de cette première saison en Ligue 1, avec le fabuleux coup franc de Dimitri Lienard qui avait sauvé le RCS en offrant le maintien avec un succès 3-2 alors que Lyon menait 1-2 à la 88e ! ».

À Lyon aussi, on s'en souvient, de cette défaite tragique qui avait coûté la seconde place au club (mais heureusement pas la Ligue des Champions) en mai 2018. Beaucoup se souviendront de la performance rocambolesque de Mouctar Diakhaby, impliqué sur tous les buts alsaciens, mais comment omettre cette fameuse frappe du gauche de Lienard qui a fait exploser la Meinau ? Alors que la saison 2017-18 avait commencé sur un carnage des hommes de Bruno Genesio rappelant aux Strasbourgeois la difficulté du football au plus haut niveau, elle s'est finie sur une leçon de sérieux et de courage des anciens pensionnaires de Ligue 2 face à l'ogre lyonnais.

L'ogre lyonnais ? En fait, contre cet adversaire, les gones ont souvent montré leurs limites si souvent décriées à Lyon. Certains auront même noté que, depuis 2012, le Racing a remporté plusieurs trophées dont celui de la Coupe de la Ligue, alors que l'OL n'a pas cessé de décevoir depuis cette même année, la dernière d'un titre rhodanien. Pire encore, « Lyon, c'est aussi une étape importante de l'épopée du titre en Coupe de la Ligue 2018-19, se remémore F. Zobenbiehler. Strasbourg y avait gagné 1-2 en quart de finale ». Dur à entendre pour un supporter lyonnais, ce constat ne ridiculise pourtant pas l'OL aux yeux des Alsaciens. D'ailleurs, ce n'est peut-être pas un hasard si les Lyonnais comme les Parisiens ont été battus à la Meinau dans une ambiance des grands soirs : à Strasbourg, on aime les gros morceaux.

Lyonnais battus par Strasbourg en 2018

Athor (@athorstub), supporter passionné, livre même un constat plein de recul et d'objectivité sur un grand OL aux pieds d'argile. À Strasbourg, s'il vit Racing avant tout, il regarde aussi avec attention ce qui se passe ailleurs : « Je considère que l’OL a réellement pris son essor [...] avec Jean-Michel Aulas, personnalité indissociable du club. À l’époque, sa vision et ses investissements ont permis de progressivement installer le club aux sommets du classement et à en faire un club qui compte au niveau européen. Au plus fort de la domination de l’OL, sur la première partie des années 2000, le club avait tout pour être une locomotive du foot français et un challenger pour remporter une coupe d’Europe, avec en plus des réussites sportives, le projet de stade et le développement du centre de formation. Malheureusement pour vous, j’ai l’impression que la période 2010-12 fut un tournant, avec une succession de choix sportifs ratés ou douteux. Au niveau des entraîneurs, le fait de vouloir toujours rester autour d’un socle de locaux a empêché le club d’avancer sur un vrai projet sportif, avec un coach qui aurait pu faire passer un cap. J’ai notamment le souvenir d’un maintien de Bruno Génésio, au détriment d’un Lucien Favre qui était libre et disposé à venir [en réalité, L. Favre n'était pas intéressé par le poste, ndlr]. Idem sur le recrutement. Surtout, la personnalité d’Aulas a de quoi agacer, notamment ses tweets dignes d’un troll de 15 ans ou ses sorties dans la presse. À mon sens, c’est ce qui fait le plus de mal à l’image de l’OL aujourd’hui. Pourtant, le club a un très gros potentiel [...] ». Il est toujours bon de voir que les critiques passionnées entendues dans les tribunes lyonnaises et sur les réseaux sociaux se retrouvent dans des points de vue bien plus objectifs.

Quelques tensions, mais pas de rivalité

Dans sa vision très précise et réaliste de l'OL et du rapport entre les gones et les Strasbourgeois, Athor précise que s'il n'y a pas de rivalité logique avec un club du niveau (et du budget) de l'Olympique Lyonnais, il existe malgré tout quelques tensions entre Ultras. Rien de bien méchant, ou plutôt rien d'inhabituel lorsque des Ultras passionnés de deux véritables clubs de football se rencontrent. « Au niveau des supporters, il existe une forme de rivalité entre les groupes ultras, qui date de près de 15 ans, et qui a été émaillée de plusieurs incidents ». Les Strasbourgeois ne gardent donc pas qu'un bon souvenir des matchs les opposant au club rhodanien, même si ces situations sont à relativiser.

Des étincelles, il peut y en avoir entre passionnés, même s'il n'est pas question de justifier une quelconque violence, naturellement. Supporters lyonnais et supporters du Racing n'ont pas de raison de se détester, pas plus qu'ils n'ont de raison de particulièrement s'aimer. Il y a bien quelques liens, entre JMA et Marc Keller, ou à travers Martin Terrier qui a fait un bref passage à Strasbourg où il s'est révélé par exemple.

Bref, un Lyonnais peut se déplacer à Strasbourg et prendre place dans une tribune de la Meinau sans y risquer sa vie, et même en y prenant du plaisir : le véritable rapport entre Racing et OL, c'est l'amour du football dans toute sa splendeur, jusqu'en tribune. 

Aulas et Keller

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par OL_ympique, membre du Café du Commerce OL.