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Pape Diouf, l'homme et la rivalité

Le 01.04.2020 par NSOL31

La disparition de Pape Diouf a bouleversé le football français. Et les supporters lyonnais sont parmi les premiers à pleurer la disparition de l'ancien président de l'Olympique de Marseille. Car avec sa verve, sa gouaille et sa personnalité, il représente avec nostalgie une époque splendide de rivalité entre l'Olympique lyonnais et son rival Phocéen.

Construire

L'histoire de Pape Diouf commence au Tchad, à Abéché, en 1951. Son père est militaire. Âgé de quelques mois à peine, il déménage cependant au Sénégal, le pays natal de ses parents. Puis, alors qu'il n'a que dix-sept ans et même pas son bac en poche, Pape Diouf part vers la France et atterrit à Marseille, avec comme mission de terminer ses études et de s'engager dans l'armée, comme son père avant lui. Mais voilà, déjà à l'époque, Pape Diouf est un homme qui voit un peu plus loin que le bout de son nez. Il sait qu'il peut faire mieux. Pape termine bien sûr ses études et, au lieu de s'engager dans l'armée, rentre à l'IEP d'Aix-Marseille, avec l'espoir de devenir journaliste. Le chemin sera un petit peu plus tortueux. 

Il travaille quelques années aux PTT, puis rencontre finalement Tony Salvatori, qui lui trouve une place de pigiste à La Marseillaise, un journal proche du PCF. De pigiste, il devient vite journaliste sportif, et couvre pour le journal l'actualité de l'Olympique de Marseille. Déjà passionné de football, il devient amoureux de l'OM. Pendant une douzaine d'années, il explore les coulisses de l'OM depuis la tribune de presse. Après une courte expérience aux côtés de Xavier Couture pour le journal Le Sport, il organise des matchs de jubilés en Afrique, dont notamment celui de Eusébio mais aussi celui de Saar Boubacar, le père de l'ancien lyonnais Mouhamadou-Naby Sarr. De là, il devient agent de joueur, et notamment celui de Basile Boli et Joseph-Antoine Bell. Comme quoi, tout le ramène à Marseille. Il sera plus tard l'agent de Samir Nasri pendant la majeure partie de sa carrière, mais aussi celui de Grégory Coupet

A force de tourner autour de l'OM de si près, Pape Diouf finit par rentrer au club en tant que président du directoire d'abord, pendant un an. Puis, en 2005, il est promu président de l'Olympique de Marseille, devenant ainsi le premier président noir d'un club des cinq grands championnats européens. Et fait la connaissance d'un certain Jean-Michel Aulas...

Jean-Michel & Pape

« C’est très triste de voir partir quelqu’un comme Pape. C’était vraiment quelqu’un de très bien. Je n’ose pas dire que je l’aimais beaucoup, mais c’est vrai… » 

- Jean-Michel Aulas

Jean-Michel Aulas ne mâche pas ses mots. La disparition de Pape Diouf est d'une immense tristesse pour lui. Et, à travers cet hommage à l'amitié doublée d'une intense rivalité qu'il entretenait avec l'ancien président marseillais, il exprime une douleur profonde et muette. Car, comme pour beaucoup de supporters du club au blason frappé du lion immortel, Pape Diouf est le symbole d'une des plus belles périodes de la rivalité entre la Capitale des Gaules et la cité portuaire.

L'amitié entre les deux hommes s'est construite en très peu de temps. 2005, 2009, quatre années à peine pour apprendre à se connaître. Et pourtant suffisamment de temps pour devenir de véritables intimes. À travers des clashs, bien sûr, comme sur le dossier Franck Ribéry. "Excusez-moi mais je dois surveiller mes déclarations à propos de Franck. Sinon, le président marseillais Pape Diouf va encore pleurer auprès de la commission juridique de la Ligue qui va me donner raison. Je préfère lui éviter une telle situation...", lance Aulas. Ce à quoi Diouf répondra "Les jérémiades de Jean-Michel Aulas au mieux me font sourire, au pire m’arrachent un rictus de mépris. Je préfère répondre à des gens sérieux plutôt qu’à quelqu’un qui se démène sans boussole ni sens de l’orientation." Le président marseillais tiendra parole, et Ribéry n'ira jamais à Lyon.

Mais bien qu'Aulas soit "le plus fieffé menteur du football français" pour Diouf, les deux hommes se respectent profondément. À plusieurs reprises, en privé ou lors de réunions, Diouf témoigne de son admiration pour Aulas et la manière dont il a construit l'OL. Aulas, de son côté, admire le flair de Diouf et sa capacité à comprendre le football, ses enjeux et son futur.

Supporters

Si les supporters marseillais pleurent la disparition de leur ancien président, l'un des meilleurs de leur histoire avec Bernard Tapie - qui avait, lui aussi, un rapport très particulier avec Jean-Michel Aulas -, les supporters lyonnais regrettent tout autant Pape Diouf. Car il avait réussi à bâtir, avec l'aide subtile du président de l'OL, une véritable rivalité entre Lyon et Marseille. Une rivalité saine, qui ne se jouait pas vraiment sur le terrain sportif - les années Diouf représentent la plus belle période de l'histoire lyonnaise - mais surtout sur le plan médiatique, avec deux présidents omniprésents, qui encaissaient pour leurs supporters toute la haine et la violence, et n'hésitaient pas à se placer en porte-à-faux. Pour les lyonnais, Diouf était le véritable alter ego de leur omniprésent président.

« C’était quelqu’un qui s’engageait à 100 % pour son club, avec l’expérience du football et on s’en rend compte aujourd’hui, c’est ce qui manque le plus aux dirigeants. Il était respecté car il était respectable pour tout ce qu’il a fait. »

- Jean-Michel Aulas

Au delà du plan sportif, Pape Diouf représentait, pour les supporters lyonnais comme pour tous les français, un véritable exemple de parcours parfait. Venu de nulle part, deux fois immigré, il était parvenu à se tailler une place de choix en France. Son décès, des suites de la Covid-19, en ce 31 mars 2020, aurait mérité de nombreuses minutes de silence sur les terrains de Ligue 1.

À propos de l'auteur

Cet article a été rédigé par NSOL31, membre du Café du Commerce OL.